Littératures latino-américaines : Magnificat, cantiques et lamentations (1ère partie)

« La littérature est une forme d’insurrection permanente qui n’admet pas les camisoles de force. La réalité sud-américaine offre à l’écrivain un véritable festin de raisons pour être un insoumis et pour vivre dans l’insatisfaction. »

Gabriel Garcia Marquez, Colombie, 1927-2014

 

Couleurs contrastées, civilisations précolombiennes millénaires, trésors artistiques fabuleux, carnavals, flûtes indiennes, ponchos et sombreros mais aussi et surtout dictatures, coups d’Etat à répétition, misère sociale, répressions et guérillas, voilà très sommairement quelques images de la réalité des pays de l’Amérique latine du XXème siècle. Ou plus exactement de la vingtaine d’Amériques latines s’étalant du Rio Grande del Norte (appelé aussi Rio Bravo) au nord du Mexique jusqu’à la Terre de Feu, l’archipel qui se trouve à l’extrême-sud du continent. Une population nombreuse et multiraciale : Amérindiens, Noirs, Métis et Blancs sont estimés à près de 700 millions d’individus.

« Découverts » en 1492 par Christophe Colomb, les empires indiens passent sous la domination des conquistadors espagnols et portugais. Du génocide des populations locales, l’Europe va tirer en grande partie sa prospérité : l’or et l’argent y affluent et les grandes banques commerciales du continent blanc se développent.

Au XIXe siècle, la Grande-Bretagne est la plus grande puissance industrielle et maritime mondiale. Pour expulser Espagnols et Portugais de leurs colonies américaines, elle stimule l’indépendance politique de ces pays. « Indépendants », la plupart des pays de l’Amérique latine deviennent de plus en plus dépendants du capitalisme britannique en particulier et européen en général.

À la fin du XIXe siècle, les Etats-Unis d’Amérique commencent à s’intéresser au pétrole du Mexique et du Venezuela ainsi qu’aux mines de la Bolivie et du Pérou. Les économies de ces pays sont orientées vers les besoins des grandes puissances.

À côté d’une agriculture traditionnelle se développent de grandes exploitations agricoles dépendantes de l’étranger et plus particulièrement des grandes compagnies européennes.  Un capitalisme industriel se crée avec le concours d’aides publiques et surtout d’aides étrangères.

Socialement, les pays latino-américains sont contrastés. Une minorité qui n’atteint pas 2% de la population de certains pays s’approprie 90% des richesses, réduisant la grande majorité à un niveau économique très bas et à une espérance de vie très faible. Pour que cette situation sociale tienne, la bourgeoisie dominante ne peut maintenir une façade démocratique. Elle contrôle et entretient une armée docile dont la fonction essentielle est le maintien de l’ordre social. Des tentatives de révolution ont eu lieu au Mexique, à Cuba, en Bolivie et au Chili, ayant parfois réussi lorsque se forme l’alliance de la paysannerie et de la classe ouvrière… et lorsque se joint à eux la petite bourgeoisie spoliée.

Aujourd’hui, d’importantes mutations secouent le continent sud-américain. Le Brésil, par exemple, s’est lancé depuis des décennies, dans un pari d’envergure avec les capitaux des banques mondiales et nord-américaines plus précisément. Les firmes multinationales implantent des usines du côté de Sao Paulo, de Fortaleza et de Belo Horizonte. Et le Brésil offre à ces compagnies une main-d’œuvre abondante et très peu payée. Et à son tour, le Brésil investit dans d’autres pays comme la Bolivie ou la Colombie…

Le « miracle brésilien », s’il a bel et bien existé, a permis à ce pays de sortir de la dictature militaire et d’élire des militants syndicalistes comme Lula da Silva ou Dilma Roussef (et aussi un  président d’extrême-droite en la personne de Jair Bolsonaro) mais reste néanmoins dépendant des capitaux étrangers. Le développement brésilien profite en grande partie aux grandes banques européennes ou aux multinationales nord-américaines.

D’autres pays connaissent un processus révolutionnaire important qui remet en cause le cercle vicieux de la dépendance et du sous-développement. Après Cuba en 1959 et le Nicaragua en 1979, un souffle libérateur s’est répandu sur l’Amérique latine avec la Bolivie d’Evo Morales et l’Equateur de Rafael Correa.

Brosser un rapide panorama de l’histoire littéraire des pays latino-américains n’est pas faire les sommes des histoires littéraires fragmentaires de chacun d’eux. C’est, à mon avis d’amoureux forcené de cette littérature, dégager au travers des différentes et successives dominations culturelles et économiques qui ont marqué la physionomie et la réalité sociales de tout un continent, un mouvement profondément unitaire et combatif de récupération d’un passé prodigieux, de langues bafouées et d’une identité sociale et culturelle écrasée par des siècles de domination et de dépendance. Envisagée dans son évolution, la littérature latino-américaine présente une succession de périodes en rapport direct avec son histoire.

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