« Kabylie a été réduite sciemment à sa plus simple expression géographique » (Farid Benramdane, universitaire)

« Le terme de « nationalité kabyle » apparaît pour la première fois en 1865, dans le livre de Nicolas Bibesco, « Les kabyles du Djurdjura ». Il s’inscrit dans la même lignée conceptuelle de la « latinité » et « judéité » de l’Algérie. Est-ce que le concept de « nationalité kabyle », énoncé dans le contexte du début de la colonisation, visait uniquement la Grande Kabylie ? » s’est interrogé l’universitaire algérien, membre de l’équipe de recherche du CRASC, Farid Benramdane, dans un article publié au Quotidien d’Oran, intitulé La nationalité kabyle : la troisième mamelle de la pensée coloniale.

En effet, répondant par non, dans une analyse référencée qui sort des sentiers battus idéologiques et médiatiques envenimant le débat tant suscité, M. Benramdane a affirmé « que si l’on réfère aux déclarations des responsables coloniaux, puis au travail critique d’Ageron, sont appelés kabyles, par les militaires sous le second empire, tous les berbérophones localisés dans toutes « les régions montagneuses du Tell : de Dellys à Bône » (Ageron, 1966) : Tizi Ouzou, Bouira, Bordj Bou Arréridj, Bejaïa, Sétif, Batna, Ain Beida, Oum Bouaghi, Khenchela, de Jijel, Mila, Skikda, Guelma, Constantine, Souk Ahras, Tebessa et Annaba. »

Par ailleurs, conscient que ce genre de débats doit impérativement faire intervenir la communauté universitaire, le professeur Benramdane ets revenu sur « le sens géographique à attribuer à Kabylie. » Ceci « relève de la macro éthnotoponymie « Autant de Kabylies, autant de pages détachées. Il y aura celle des Traras, de l’Ouarensenis, du Dahra, du petit Atlas, du Jurjura et beaucoup d’autres, (Colonel Dumas, 1847). De statut de macrotoponyme, dans les usages linguistiques et dans le champ de la communication sociale, à dimension algérienne et maghrébine, Kabylie a été réduite sciemment à sa plus simple expression géographique », a-t-il souligné. Ainsi, dans le même sillage, le chercheur au CRASC a également abordé l’origine française du mot « Kabylie. » « Le nom de Kabylie est d’origine toute française et n’a pas d’équivalent dans la langue du pays. Pour désigner la contrée qu’ils habitent, les indigènes disent : thamourth el Kbaïle (Kaltbrunner D. 1871). A Oran, Kabayli a toujours désigné non pas les habitants de Tizi-Ouzou ou de Bejaia, mais ceux de Maghnia et Mcirda », explique-t-il, ajoutant que les Constantinois « s’auto-dénommaient aussi de la même manière. » « Brahim Atoui, toponymiste, vice-président du comité des experts de l’ONU sur les noms géographiques (GENUNG), pilote du monumental Atlas scolaire algérien (ONPS), a catégorisé la typologie des dérèglements relevant de l’assiette territoriale et du lignage des tribus. (1998) Kaltbrunner a noté ceci : « Le Maroc a ses Kabylies et ses Kabyles (…).  Tunis a aussi sa Kabylie, qui s’étend dans la direction de Bizerte et du Kef, comme elle a ses Kabyles ou Djebelias ». Plus proche de nous, Mostefa Ben Brahim, barde de l’Oranais et chantre des Beni Ameur, compagnon de l’Emir Abdelkader, est appelé, selon Abdelkader  Bendermache,  Meddah al Kabaïl wahraniya », a-t-il rappelé.

 

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